LES ACTEURS

« ÊTRE FRANCOPHONE, C’EST UN EFFORT DE CHAQUE JOUR »

John Ralston Saul

Malgré le choc initial de l’annonce de la fermeture de l’Hôpital Montfort, la présidente de son conseil d’administration, Michelle de Courville Nicol, convoque pour le lendemain, 25 février 1997, une réunion extraordinaire du conseil. La veille, comme bien d’autres membres de la communauté, Gisèle Lalonde apprend la fermeture de l’hôpital lors du bulletin de nouvelles de 18 h de Radio-Canada. Devant se rendre elle-même à une réunion de la Fondation de l’hôpital, Lalonde finira part prendre part à la réunion extraordinaire.
C’est dans le cadre de cette réunion que Gisèle Lalonde sera nommée à l’unanimité présidente de SOS Montfort. Pour Michelle de Courville Nicol, ce choix s’imposait :

« Il nous fallait une figure de proue, une personnalité connue, crédible, rassembleuse. »

Michelle de Courvil Nicol, panelliste lors d’une émission spéciale du Retour intitulée « Montfort fermé, jamais! 25 ans plus tard! », animée par Michel Picard au 94,5 Unique FM, 24 mars 2022.

Mairesse de Vanier (ancienne ville fusionnée à Ottawa depuis 2001) de 1985 à 1991, Lalonde a de plus un parcours dans le milieu de l’éducation, soit comme enseignante, conseillère scolaire ou directrice du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques, qui la désigne déjà comme chef de file de la communauté franco-ontarienne. Son attachement à Montfort est aussi personnel : un de ses enfants y est né, son père y est décédé, les Sœurs de la Sagesse, fondatrices de l’hôpital, lui ont enseigné. En 2002, elle se décrit ainsi :

« On a dit souvent de moi que j’étais “une rassembleuse”. Je pense que pour certains c’était un terme poli pour dire que je suis une trouble-fête. Mais d’une façon ou d’une autre, c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. »

Discours de Gisèle Lalonde. 6 juillet 2002. P.2. Fonds Gisèle-Lalonde (P381).

Pour l’épauler dans son rôle de présidente, Gisèle Lalonde demande l’aide de son neveu, Michel Gratton, qui a eu une carrière de journaliste avant de devenir l’attaché de presse de Brian Mulroney alors qu’il était premier ministre du Canada. Gratton agira à titre de relationniste pour SOS Montfort. Pendant les cinq années qu’il a passées au mouvement, il orchestre sans relâche une campagne médiatique autour des événements à Montfort, avec Gisèle Lalonde comme figure emblématique de SOS Montfort. En 2003, il fera paraître Montfort : la lutte d’un peuple qui relate son expérience. De sa tante il dira :

« Ou aurait été Montfort sans Gisèle Lalonde? Bien sur, son leadership était issu d’un mouvement qui l’avait en fait precedée. Et la lutte de Montfort est due aux efforts de centaines, de milliers de personnes. Mais aurions-nous eu ces centaines et ces milliers sans Gisèle? Chose certaine, plusieurs d’entre nous n’auraient même pas été la, moi le premier. Et même les plus endurcis auraient fini par abandonner sans leadership. »

Michel Gratton, Montfort : La lutte d’un peuple, p. 400.

D’autres aussi se grefferont à l’équipe de SOS Montfort, trop nombreux pour que puisse être soulignée l’importance de leurs apports à la cause. Toutefois, mentionnons ici Ronald Caza, avocat de formation et membre du conseil d’administration de l’hôpital, en 1997. Pour le mouvement, il pilotera d’abord l’organisation du Grand Ralliement, puis, sur le plan juridique, plaidera devant les deux cours, soit les cours divisionnaire et d’appel.